Les radicaux ne sont pas les seuls à songer à des modifications ponctuelles des institutions genevoises. D’autres idées de réformes partielles, touchant notamment à l’élection du Conseil d’Etat, sont dans l’air.
Faut-il opposer ces démarches à celle du comité Une nouvelle Constitution pour Genève? En fait, si les deux approches sont très différentes quant à la méthode choisie, elles ne sont nullement incompatibles.
D’un côté, il n’est pas exclu qu’une réforme partielle, par exemple sur les modalités d’élection du gouvernement, rencontre un consensus suffisant pour passer assez rapidement l’obstacle du parlement puis celui du corps électoral. Elle pourrait alors entrer en vigueur alors que la Constituante que nous appelons de nos vœux sera encore en plein travail. Dans ce cas, la Constituante ne pourra pas, politiquement, ignorer le choix du souverain. En ce sens, les propositions ponctuelles à contenu déterminé et la démarche ouverte de révision totale sont certainement complémentaires.
D’une autre côté, il faut bien admettre que les «paquets ficelés» présentés par tel ou tel parti politique n’ont guère de chance d’aboutir, en cette période politiquement très polarisée. Ils peuvent ainsi apparaître davantage comme un moyen, d’ailleurs parfaitement légitime, de profiler leurs auteurs aux yeux des électeurs que comme une solution réaliste à nos blocages institutionnels. C’est l’avantage de la méthode ouverte proposée ici. Elle s’affranchit des limites partisanes. Elle élargit aussi le champ des possibles en visant l’ensemble de la Constitution. Dans ce contexte, les propositions ponctuelles, au besoin «déficelées», constituent toutes d’utiles contributions au débat. Notre manifeste veut enclencher un processus de réflexion, de dialogue démocratique, d’appel à l’imagination, puis au consensus sur ce qui apparaîtra comme un progrès à une large majorité. Préjuger du résultat final de ce processus c’est le condamner d’avance. Mais c’est le défi que nous lançons à la classe politique et, au-delà, au peuple genevois : oublions nos préjugés pour travailler à de nouvelles règles du jeu, avec pour objectif de permettre à la confrontation créatrice de remplacer la stérile neutralisation mutuelle que nous connaissons aujourd’hui.